Albert Camus et le sens au Travail

Dernière mise à jour : 22 nov. 2020

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Une vie professionnelle c’est aussi des questions existentielles.

Avec Un Cadre Un Auteur, éclairons-les à la lumière de grands auteurs.


Bonjour,

Depuis que je suis devenu cadre, je participe à des réunions de direction où on ne parle jamais des sujets de fond et surtout qui ne riment à rien et se limitent souvent à des questions d’argent, d’organisation ou de pouvoir. J’ai un vrai sentiment de superficialité et d’inutilité.

Luc


Bonjour Luc,


Votre quotidien a changé et vous assistez à des assemblées qui ne vous semblent avoir aucun sens. Un peu comme si face à un spectacle de danse contemporaine vous ne perceviez pas autre chose que des corps désarticulés dont les mouvements ne vous évoquent rien.


Vous venez de faire connaissance avec ce qu’Albert Camus appelle « L’absurde ». La dimension de l’absurde, c’est celle où les faits nous apparaissent en « tant que tels » dénués de leur sens. Des paroles vides, des sujets décousus ; dans la dimension de l’absurde, une réunion de direction ne vous apparait pas plus sensée que ce spectacle de danse.

Albert Camus postule deux choses : Premièrement, le monde n’a pas de sens en soi. Deuxièmement, l’être humain ne peut pas vivre sans que sa vie en ait. L’absurde est le résultat de cette contradiction. Pour l’auteur, le monde n’a donc que le sens qu’on lui donne. Je vous engage à observer votre environnement sous cet angle.


L’argent, l’organisation, les jeux de pouvoir peuvent vous sembler hors sujet, vous qui êtes issus de métiers experts. Pourtant, ils constituent une structure qui permet à votre entreprise d’exister et de fonctionner…Plus ou moins bien, je vous l’accorde !

En devenant cadre, vous prenez du recul et êtes impliqué dans cette structuration. Le sentiment de déconnexion peut venir de là. Essayez de regarder ces réunions de direction sous cet angle avant toute chose. Rajoutez un pas de côté au pas en arrière.


Ce que vous ressentez est naturel et plutôt positif. Toutefois, il vous faut rapidement sortir de l’absurde. On ne va pas loin en restant extérieur à son quotidien. Meursault, le personnage principal de « L’étranger » en sera condamné à mort. Plus que son crime, c’est son extériorité au monde que juge et jurés ne lui pardonneront pas.


Pour répondre à l’absurde, Camus parle de « révolte », mais pas au sens classique du terme. Pour lui, la révolte est le fait d’assumer lucidement que le monde n’a aucun sens que celui qu’on lui donne. La figure du révolté par excellence, c’est Bernard Rieux. Le personnage principal de « La peste » continue à soigner malgré son impuissance face à l’épidémie. Surtout, il la raconte « pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».


En résumé, faites le long et parfois pénible effort d’étudier votre quotidien avec minutie. A force de réflexion et d’honnêteté intellectuelle, vous gagnerez le droit de décider si ce que vous vivez fait sens. Vous n’en trouverez peut-être aucun. Dans un spectacle de danse, il peut n’y avoir effectivement aucun sens, surtout si le chorégraphe est un imposteur.


Dans ce cas, là, vous êtes légitime à vous révolter au-sens strict…mais ne l’avez-vous pas déjà fait en acceptant de devenir cadre ?




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