Sigmund, l’estime de soi et le luwak

Dernière mise à jour : 20 sept. 2021

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« Oh là là, aujourd'hui, je ne fais que de la merde !!! »


Combien de fois chaque semaine, voire chaque jour entendons-nous cette phrase et pas seulement dans notre vie professionnelle ?

Nombre d'entre nous passent leurs journées à se déprécier et à littéralement envoyer à l'égout la majeure partie de leur travail.

Je n'échappe malheureusement pas à ça et je dois avouer que je me répète souvent cette phrase en travaillant au point de d'engorger et ma corbeille à papier et celle de mon ordinateur.


Le problème avec ce raisonnement, c'est que plus nous nous accusons de « faire de la merde », plus nous nous condamnons à en faire. Les excréments sont un de nos tabous absolus, ce qu'il faut absolument faire disparaître. D'un point de vue hygiénique, oui, mais d'un point de vue symbolique, cela pose plus de problèmes.

Comment est-il possible de mettre un mouchoir sur quelque chose qui nous dégoûte et qui pourtant nous rassemble tous ?

Quelque chose que, comme autant de petits Sisyphes, nous sommes condamnés à produire tous les jours, sans fin… Quelque chose qui nous relie absolument tous, sans distinction de classe, de compétence et d'origine.

Remettons donc l'objet de notre dégout à sa juste place, celle de notre première création solide.


Pour Sigmund Freud, le célèbre « stade anal » est l'apprentissage de la création et d'un sentiment de toute puissance chez l'enfant qui acquiert le pouvoir de choisir entre « donner » ou « retenir ». Notre cher Sigmund décrit le tabou du sale comme acquis plus tard par la socialisation. Dès que l’enfant apprend à créer, la terre entière lui apprend à dégouter ce qu'il a produit. Avec un tel héritage, pas étonnant que notre premier réflexe soit de porter un regard plus que circonspect sur nos créations.


Encore pire, notre inconscient adore les raccourcis, et si nous passons nos journées à nous dire que nous « faisons de la merde », il va en déduire que nous en sommes au plus profond de nous-même et nous condamner non seulement à nous déprécier mais en plus à ne plus rien entreprendre.


Et si nous arrêtons d'avoir honte et nous disions que ce que nous rejetons systématiquement peut contenir des trésors ?


Le café le plus cher du monde, le Kopi Luwak, est issu de graines digérées et retrouvées dans les excréments d'un petit animal tellement mignon que j'en ferai des infidélités à mon chat noir, le luwak, encore moins connu sous son nom français de « civette palmiste commune ».


Les grains sont tellement prisés qu'il existe des élevages de luwak que l'on gave littéralement de cerises de café. Au sein de la créativité infinie dont est capable l'être humain en termes de maltraitance animale, le luwak occupe une place à part.

C'est le seul animal que l'être humain fait chier…au sens propre du terme.

Précisément parce que certains ont dépassé leur dégoût et compris qu’il y avait des trésors à découvrir quand on a accepté de se salir les mains.


Donc, la prochaine fois que vous vous dites que vous « faites de la merde », ayez une pensée pour ce cher luwak.

Dites-vous que votre production contient très certainement de trésors. Au lieu de tout jeter, dites-vous que ce n'est qu’une première mouture et que si vous acceptez de porter un regard plus positif dessus, la deuxième sera nettement meilleure.


Ne rejetons pas ce que l'on produit, c’est le seul moyen d’apprendre et de s’améliorer.





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